Répondre aux défis apologétiques d’aujourd’hui

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Ceci est le résumé d’une conférence donnée à l’occasion de la Convention 2014 de France Évangélisation (le 12 juillet 2014).

Pour être pertinente, l’apologétique chrétienne doit répondre aux objections de son époque. Or celles-ci ont beaucoup évolué depuis les années 1970. On constate aujourd’hui au moins trois caractéristiques sociologiques de notre époque postmoderne ou ultramoderne : une crise de la confiance, une crise de la connaissance et une crise de l’espérance. Cette triple crise influence le rapport de l’homme à Dieu et à la religion. Il faut donc y répondre pour que l’évangile reste crédible dans ce nouveau contexte.

1. La crise de la confiance

La crise de la confiance tire son origine de l’autonomie du sujet moderne. On ne veut plus obéir à une tradition ou hériter d’une croyance familiale, on veut devenir responsable de sa foi personnelle. Cette autonomie moderne s’est intensifiée avec l’ultramodernité : désormais, on veut choisir à sa guise les doctrines au sein d’une même religion. On accepte d’intégrer une communauté, seulement pour y consommer des services religieux. On n’hésite plus à en changer régulièrement. Le rapport entre l’institution et l’individu s’est inversé. L’institution a perdu son autorité et son influence, elle est désormais se cantonnée à la sphère privée.

Le protestantisme est lui-même un promoteur de l’autonomie. La foi est considérée comme étant un choix personnel. L’individu est invité à vérifier par lui-même les enseignements dans sa Bible. Cependant, on ne peut pas sélectionner les doctrines théologiques selon sa convenance sans risquer d’affaiblir la cohérence d’ensemble. On doit s’engager dans une église locale pour intégrer le Corps de Christ et s’édifier personnellement. Et l’on ne peut pas se scinder soit même entre individualité religieuse en privé et neutre en public. L’impératif d’autonomie est devenu une source de méfiance pour l’individu, refusant la dépendance et recherchant l’autosuffisance. Pourtant, l’homme a été créé relationnel et l’engagement n’est que l’accomplissement de la liberté dans sa capacité à se donner elle-même.

Comment redonner confiance en Dieu ? Il faut rappeler combien Dieu est digne de confiance, dans la mesure où il est bienveillant, amour et fidèle, le prouvant en se sacrifiant pour nous. La Croix est une réponse à la crise de la confiance : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle » (Jean 3.16). Comment ne pas avoir confiance en un tel Dieu ?

2. La crise de la connaissance

Le problème est peut-être que l’on ne peut plus croire en une vérité, à cause de la crise de la connaissance. Les révolutions scientifiques des XIXe et XXe siècles ont bousculé la vision classique du monde. Elles ont remis en question la capacité de la raison à connaître la réalité. Dès lors, aucun discours religieux ne peut plus prouver sa véracité. Il faut rejeter les dogmes et les certitudes, accepter toutes les croyances sans hiérarchie. Avec la fin du rationalisme, le paganisme réapparait, la nature est spiritualisée tandis que Dieu est dépersonnalisé. Un Dieu qui pourrait révéler la vérité et juger est considéré comme étant de plus en plus insupportable.

La défaite du scientisme a corrigé une vision excessive de la raison, dépassant de loin ses capacités réelles. Mais les chrétiens ne peuvent pas se réjouir de l’irrationalisme ambiant tout aussi excessif. La raison reste un don de Dieu, qui devrait nous rendre capable de connaître la nature et Dieu à travers elle (Romains 1.20). En réalité, les bases fondamentales de la logique perdurent et chacun continue à s’y fier quotidiennement.

Face à un monde qui sombre dans le scepticisme et la crédulité, nous avons de bonnes raisons d’affirmer connaître la vérité, car Jésus en a donné a la preuve : il est ressuscité ! Loin d’être crédules, les apôtres étaient des empiristes avant l’heure (cf. 2 Pierre 2.16). Nous avons suffisamment de manuscrits, de sources proches des événements (les évangiles), de faits (la mort de Jésus, le tombeau vide, les apparitions empiriques, la conversion d’opposants, la mort en martyr des témoins) pour reconnaître la vérité de ce fait. Quelle religion a autant de faits en sa faveur ?

3. La crise de l’espérance

Mais peut-être encore que tout cela paraît trop loin. La troisième crise est celle de l’espérance. Depuis la fin du XVIIIe siècle, les hommes avaient reporté leur espérance religieuse de l’au-delà dans une espérance politique terrestre. Ils croyaient au progrès de la civilisation. Les totalitarismes et la barbarie du XXe siècle leur a donné tord. Il ne reste plus désormais qu’un espoir au niveau individuel. Il faut trouver le bonheur ici et maintenant. La relation à la spiritualité est devenue un rapport de consommation et d’efficacité. La méditation, les médecines alternatives et le développement personnel doivent leur succès à ces nouveaux comportements.

On constate un rétrécissement de l’espérance qui ne dépasse plus sa propre vie. Or, selon la vision chrétienne du monde, l’homme aspire à l’infini, autrement dit à Dieu. C’est dans la communion avec Dieu que l’homme trouvera le bonheur. Mais le péché nous sépare de Dieu. Ce monde étant déchu, il doit être renouvelé. À la résurrection des morts, seulement, il n’y aura plus ni pleurs, ni larmes, car nous serons enfin dans une communion pleine et parfaite avec Dieu.

Cela peut apparaître trop grand et trop loin pour nos contemporains. Face à leur espérance atrophiée, il faut rapprocher le focus sur l’individu, sur l’ici et le maintenant. Or il y a déjà, ici et maintenant, la possibilité d’une nouvelle naissance, une régénération et communion avec Dieu. Nous pouvons devenir, ici et maintenant, le temple du Saint-Esprit. Le salut éternel commence dès maintenant.

L’homme ultramoderne est insatisfait. Il vit une triple crise, qui concerne à la fois sa confiance, sa connaissance et son espérance. Son autonomie a alourdie ses responsabilités. Sans certitudes, il est devenu crédule. Son espérance est limitée et pourtant impossible à atteindre. L’homme ultra-moderniste est devenu prisonnier de lui-même. Nos contemporains attendent l’évangile. La Croix apporte une réponse à chaque question : elle nous garantit que Dieu est digne de confiance, que l’évangile de Jésus est bien authentique et qu’il y a une espérance qui commence dès aujourd’hui.

Une réponse

  1. Excellent article Alexis ! Merci pour cet exposé clair, précis et concis, qui permet d’avoir une vue synoptique et succincte sur la crise de notre société actuelle.

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