Qu’est-ce qu’un miracle ?

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Illustration : Le Nasutamanus de Daniel Firman représente un éléphant défiant la gravité.

Dans cet article, je poursuis la clarification conceptuelle des notions relatives à la révélation, avec la notion de miracle, qui révèle Dieu à travers un phénomène exceptionnel. J’ai déjà traité cette question dans l’une de mes émissions Epistheo. Je suis également intervenu sur un sujet proche, la science et la religion, dans l’un des Dialogues Veritas :

Ici, je vais donc revenir seulement brièvement sur la question et y ajouter quelques petites considérations.

Définition du miracle

C’est David Hume qui propose la définition classique du miracle, dans la Section X de son Enquête sur l’Entendement Humain. Le miracle est selon lui « une transgression d’une loi de la nature par une volition divine particulière, ou par l’interposition de quelque agent invisible ». Un élément essentiel de cette définition est la notion de « loi ». Pour éviter toute confusion, précisons d’emblée qu’une loi naturelle bien qu’universelle (s’appliquant à toute chose dans le monde) peut être contingente (un autre univers possible pourrait avoir des lois différentes). Une autre confusion, que je constate souvent dans mes conférences, concerne la distinction avec les « généralités ». Une loi n’admet aucune exception, tandis qu’une généralisation peut admettre des exceptions. Souvent, nous employons le mot « loi » pour parler de généralisations. Par exemple, il est faux de dire qu’il existe une loi qui implique que tous les objets tombent, puisque certains montent (les ballons) : ce n’est qu’une généralité.

Contre la définition classique

J’ai déjà abordé cette question dans la vidéo. La définition classique est contradictoire, si la loi est entendue au sens strict de lien de causalité universelle (nécessaire ou contingent). Une loi n’admet aucune exception. S’il y a une exception, ce n’est plus une loi. Le miracle ne peut donc pas être la violation d’une loi. D’une façon générale, il me semble que définir le miracle en opposition à la nature est une fausse piste, car Dieu agit à travers la nature. Avec R. F. Holland, je pense qu’un événement naturel peut être considéré comme un miracle s’il est statistiquement rare et étonnant. Le cas de l’ouverture de la Mer Rouge devant Moïse en est un exemple (je l’explique dans la vidéo). Dans le cas de la représentation artistique ci-dessus, une force plus puissante exercée sur un éléphant pourrait naturellement le faire léviter, ainsi aucune loi ne serait violée. L’événement serait rare et étonnant, sans violer aucune loi.

L’étonnement

Tous les miracles sont étonnants, mais tout ce qui est étonnant n’est pas un miracle. Les miracles étonnent, disent Sullivan et Menssen (2010), parce que la cause est invisible. Cependant, dans le cas d’une coïncidence, la cause de la rencontre de deux chaînes de causalité est également inconnue, sans pour autant susciter l’étonnement. Si je marche dans la rue pour aller acheter du pain dans une boulangerie et qu’une vieille tuile fatiguée par l’usure fini par se détacher d’un toit et me tombe dessus, j’ignore ce qui fait que cet événement s’est produit ainsi plutôt qu’autrement (dans un autre univers possible, j’aurais pu emprunter un autre chemin, ou la tuile aurait pu être remplacée avant qu’elle ne tombe). Pourtant, il n’est pas étonnant. On pourrait ajouter que l’étonnement est une conception subjective. Ce n’est pas faux : un enfant s’étonne devant le vol des oiseaux, un homme ivre peut s’étonner de la forme de son verre et un pessimiste ne s’étonne plus de rien. Je pense qu’il faut donner une définition objective de ce qui est étonnant : non pas selon l’ignorance de la cause, mais selon sa faible récurrence statistique.

La signification

Sullivan et Menssen oublient quelque chose d’essentiel dans le miracle, que R. F. Holland a bien noté. Il doit avoir une signification théologique forte. Si un éléphant lévite dans le désert et que cela n’ait aucune implication théologique, ce n’est qu’un événement étrange, mais pas un miracle. Le miracle doit dire quelque chose sur la volonté de Dieu, il doit manifester une intention. Dans le cas de l’ouverture de la Mer Rouge, Dieu manifestait sa souveraineté sur le salut d’Israël face à ses ennemis, tous impuissants face à la puissance de Dieu.

Fondement ontologique et épistémique

Un miracle peut servir de fondement à des croyances religieuses en deux sens. Tout d’abord, un miracle peut être l’objet lui-même d’une croyance. La résurrection est un événement cru pour lui-même. C’est un fondement ontologique. Mais les miracles peuvent aussi servir de fondement épistémique. Les miracles de Jésus devaient permettre de reconnaître qu’il est bien le Messie envoyé par Dieu. Dans ce cas, le miracle sert à justifier une croyance portant sur un autre objet.

Source :

  • TALIAFERRO & MEISTER, The Cambridge Companion to Christian Philosophical Theology (2010, p.203-204).

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