Dieu en tant que projection psychologique

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Extrait de J. P. Moreland, in Scaling in the Secular City (1987, p.228-231), traduction dynamique par Alexis MASSON.

Certains penseurs, parmi lesquels Karl Marx, Ludwig Feuerbach, Sigmund Freud, et Bertrand Russell, ont affirmé que la croyance en Dieu n’est pas rationnelle, parce que Dieu est seulement une objectivation d’idéaux, de désirs et de besoins purement humains.  Les hommes ont besoin de la figure d’un père pour assouvir leurs besoins et calmer leurs peurs, ils projettent donc un concept de Dieu hors d’eux-mêmes et réifient ce concept. Mais dans la mesure où c’est ainsi que nous avons notre concept de Dieu, il n’est pas rationnel de croire qu’un tel être existe.

Certaines choses peuvent être dites en réponse à ce problème. D’abord, il peut être retourné et utilisé contre l’athée. Le psychologue Paul Vitz a affirmé que l’athéisme est le résultat d’un désir de tuer la figure du père (en termes freudiens) parce que l’on souhaite être autonome. Ainsi, l’athéisme est lui-même une forme de déni projeté. Si on donne une explication de la croyance religieuse ou de l’incroyance en termes théoriques de projection, alors il semblerait que l’athéisme soit un meilleur candidat pour la projection que le théisme. Dans l’histoire de l’humanité, les théistes ont été massivement plus nombreux que les athées. De plus, les conversions au Christianisme ne parviennent à correspond à un groupe restreint, car il y a des conversions de tout types de personnalité, à différents moments de la vie (joie, tristesse), et selon différentes circonstances de temps, de lieu, de culture et d’éducation. Bien que je ne puisse pas le prouver, je suspecte que les athées correspondent à un groupe défini plus restreint que les théistes, et ce peut être ces autres facteurs qui aident à définir l’ensemble des athées (par exemple, l’absence ou la passivité du père) qui puissent être les clés psychologiques expliquant la raison pour laquelle certaines personnes embrassent l’athéisme.

Deuxièmement, la façon dont une croyance survient importe peu (que ce soit une projection ou un déni) si la question en jeu est celle de la vérité de la croyance. En fait, les athées qui rejettent la croyance en Dieu parce que notre concept de Dieu dérive de la peur commettent ce que l’on appelle un sophisme génétique. Le sophisme génétique est une erreur de confusion entre l’origine d’une croyance et sa justification épistémologique, qui conduit au rejet de la croyance à cause de son origine. La façon dont une croyance survient est une question différente de la raison pour laquelle une personne devrait adhérer à cette croyance. La première implique la psychologie de la découverte, la dernière l’épistémologie de la justification. J’ai appris les tables de multiplication de mon institutrice à l’école primaire, Mme Fred, et je crois qu’elles sont correctes. Mais je serais fou d’affirmer que je ne peux pas être certain que 2×2=4 parce que Mme Fred étaient une personne mauvaise.

Ainsi c’est un exemple de sophisme génétique que de rejeter la vérité ou la rationalité du théisme à cause de l’origine de l’idée de Dieu, même si l’on concède que l’idée de Dieu vienne de la peur (je ne vois aucune raison de l’accepter). Cependant, les théistes viennent avec leurs croyances concernant Dieu, ils offrent des raisons indépendantes pour cette croyance qui tiennent en elles-mêmes et qui doivent être évaluées pour elles-mêmes. L’explication psychologique de l’origine d’une idée vient après l’argumentation philosophique. Ainsi, un théiste qui est convaincu qu’un plaidoyer en faveur de Dieu est bon peut réfléchir à la raison pour laquelle un certain nombre de professeurs universitaires ne sont pas croyants. On pourrait argumenter que peut-être quelque chose dans la sociologie de l’université ou la psychologie de beaucoup de professeurs ait pu causé leur rejet du théisme. Mais cette forme d’argument ne peut pas être utilisée à la place d’une évaluation rationnelle du pour et du contre dans la question elle-même.

Troisièmement, R. C. Sproul a souligné que le Dieu biblique n’est pas la sorte d’être que l’on pourrait souhaiter projeter. Le Dieu biblique est saint, exigeant, omnipotent, omniscient (ainsi capable de me connaître complètement, même ce que j’aimerais garder secret), dont la colère et la justice sont impressionnantes, et ainsi de suite. Si l’on devait se projeter un Dieu qui correspond à nos désirs, un être plus domptable, plus humain, plus maniable serait un meilleur candidat. En fait, la Bible elle-même reconnaît un tel style de projection, et l’appelle idolâtrie. Mais l’image biblique de Dieu ne reflète pas la conscience collective d’Israël, ni n’est le type d’être que l’on inventerait par soi-même. Les idoles sont de meilleurs candidats pour la projection que ne l’est le Dieu biblique.

Finalement, les penseurs chrétiens ont affirmé que ce dont les gens ont réellement besoin existe. Si on a un désir fondamental (un besoin naturel qui est fondé dans la nature humaine de quelqu’un), alors il y a un objet qui existe en tant qu’objet de ce besoin. Par exemple, les hommes ont un besoin réel, basé sur leur nature, d’obtenir de la nourriture et de l’eau. Maintenant, il peut être le cas que certaines personnes particulières ne peuvent pas assouvir ce besoin, peut-être parce qu’elles sont dans le désert. Mais pourtant, l’eau et la nourriture existent pour accomplir ce besoin. Par conséquent, il y a un objet approprié à ce besoin – Dieu lui-même.

Beaucoup de choses peuvent être dites contre cet argument. On peut nier qu’il y ait une chose telle que la nature humaine ou les désirs naturels. On peut nier que les désirs naturels ont toujours des objets qui assouvissent ces désires, et on peut nier que le besoin de Dieu soit un désir naturel, en affirmant peut-être que c’est un désir acquis. D’un autre côté, les partisans de l’argument peuvent souligner que s’il n’y a pas de chose telle que la nature humaine chez les hommes, alors il est difficile d’expliquer l’unité de l’ensemble des hommes. Qu’est-ce qui les unit et les sépare des autres choses vivantes sinon une nature commune ? Et il semble vrai que pour la plupart des besoins naturels, l’existence du besoin est corrélée avec un objet réel qui peut répondre à ce besoin. Finalement, l’universalité du désir de transcender le fini et la recherche d’une sorte d’Être suprême suggère que le désir est fondé dans l’être de l’être humain et n’est pas un résultat de la socialisation, bien que la forme exacte de ce désir puisse l’être. Dans tous les cas, il est loin d’être clair que le désir de Dieu face aux incertitudes de la vie soit un argument contre l’existence de Dieu. Il peut même être la preuve que Dieu existe.

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