La contribution chrétienne à la théologie philosophique médiévale

(Résumé de lecture de l’article de Scott MacDonald dans le Blackwell Companion to Philosophy of Religion, 1ère édition).

La philosophie médiévale est influencée par la philosophie grecque et de la religion chrétienne. Le christianisme devient un nouvel objet de réflexion philosophique, mais il arrive également que les institutions chrétiennes limitent la philosophie.

Les premiers intellectuels convertis au christianisme ont naturellement cherché à penser et à défendre leur nouvelle foi, buts pour lesquels la philosophie était un moyen évident (cf. Augustin).

Mais il y a avait trois obstacles au développement de la philosophie chrétienne. Premièrement, la philosophie grecque proposait une vision du monde qui n’était pas complètement compatible avec le christianisme. Deuxièmement, la philosophie prétendait s’appuyer sur la raison seule, parfois au mépris de toute révélation. Troisièmement, la philosophie était élitiste, alors que le christianisme insistait sur son caractère universellement accessible, donnant lieu à un anti-intellectualisme (cf. Tertullien).

Augustin a oeuvré à surmonter ces obstacles. Il a accordé la priorité à la révélation, celle-ci servant de critère pour évaluer la philosophie païenne et devant être crue avant d’être comprise. Toutefois, la raison étant créée par Dieu, la philosophie est un devoir pour le croyant, dans la mesure de ses capacités.

La position d’Augustin repose sur la distinction entre la croyance et la compréhension. On peut croire une vérité sur la base d’une autorité, tandis que comprendre est y consentir sur la base de la raison. On doit croire en l’existence de Dieu sur la base de la fiabilité des récits historiques transmis par la Bible et l’Eglise, mais on doit aussi chercher par ailleurs des preuves rationnelles de son existence. Cette position sera admise par la plupart des philosophes médiévaux, y compris Anselme.

Thomas d’Aquin, tout en accordant un place plus importante à la raison, fait néanmoins une place à la méthode augustinienne. Les vérités de foi, telles que la Trinité, ne peuvent pas être établies par la raison et doivent être acceptées sur la base de l’autorité. La philosophie a pour but de clarifier et d’expliciter les doctrines chrétiennes, sans les démontrer.

Augustin ouvre la voie à la philosophie chrétienne. Boèce tâche de suivre son exemple en appliquant sa méthode pour penser philosophiquement la Trinité et l’Incarnation. Anselme, Pierre Abélard, Hugues de Saint-Victor, Gilbert de Poitiers, Richard de Saint-Victor poursuivent ce même but : développer une théologie philosophique, c’est-à-dire une étude du Dieu des chrétiens sur la base d’une méthodologie philosophique.

Avec l’émergence des universités aux XIIe et XIIIe siècles, la théologie devient la discipline reine, mais requiert déjà une formation avancée en philosophie. Les Sentences de Pierre Lombard devient le manuel de base et la théologie philosophique devient le sujet d’étude principal des intellectuels les plus brillants.

Le christianisme ne se limite pas à ajouter des idées nouvelles pour la réflexion philosophique (Trinité, Incarnation, expiation), il influence également un réexamen de l’éthique d’Aristote. La finalité de la vie humaine, la méditation, prend une tournure plus théologique. De plus, Dieu infuse surnaturellement les vertus théologales (foi, espérance, charité), en plus des vertus naturelles décrites par Aristote. Enfin, l’épistémologie déborde la connaissance humaine, pour s’intéresser à la connaissance divine et angélique, ainsi qu’à l’influence de la Chute sur la connaissance et à ce que sera la connaissance dans la vie à venir.

Certaines questions proprement philosophiques sont également influencées par la théologie. Par exemple, se pose la question à savoir si l’univers a ou doit avoir un début, ce qui implique un examen de la nature du temps, du changement et de l’infini.

Si le christianisme stimule la philosophie médiévale sur certains points, il la limite également. Bernard de Clairvaux voit le développement de la logique comme une menace pour le christianisme. Pierre Abélard et Gilbert de Poitiers subissent une pression ecclésiale. De même, l’influence de la philosophie islamique est condamnée. On estime alors que l’enseignement chrétien sur la toute-puissance de Dieu, la création et sur l’âme sont menacées. Toutefois, ces condamnations ne sont pas suivies d’effets et n’ont pas vraiment influencé le cours de la philosophie.

Pour approfondir la période, les auteurs à consulter en priorité sont Augustin, Boèce, Anselme et Thomas d’Aquin.